Frédéric Winkler
Maison DCWéditions
Une pièce... Une rencontre

Dans le salon

Chacun de nos numéros est l’occasion de partir à la rencontre d’une personnalité, en lien avec la «pièce du mois». Pour le salon, Frédéric Winkler s’imposait ! À l’écouter, Frédéric serait un personnage fêlé par lequel passe la lumière. Un personnage assurément plein d’esprit, qui après avoir été dealer de droits audiovisuels pour Virgin Music et TF1 s’est lancé en 2008 dans la fabrication de jouets pour adultes.

Une seconde vie professionnelle débutée à l’âge de 45 ans qui trouve son origine dans l’enfance. « J’ai toujours été fasciné
par les luminaires et c’est très jeune que, traîné par mon père, j’achète mes premiers bougeoirs aux puces de la Feyssine. Elles étaient mon magasin de jouets préféré ! D’ailleurs aujourd’hui encore, où que j’aille sur la planète, je chine. Ça me permet de comprendre le monde dans lequel je vis, mais aussi je crois, de m’enraciner. »

Collectionneur hors pair de luminaires, et fondateur de la célèbre maison DCWéditions, le Lyonnais Fréderic Winkler édite depuis plus de 15 ans « des objets intemporels qui ont leurs racines dans le passé, pensés aujourd’hui, pour être projetés dans le futur. Des objets qui ont pour points communs d’être bien pensés, bien dessinés et bien fabriqués ».

Témoins entre les générations, les objets qu’il édite, dont les célèbres Lampe Gras, Mantis, In The Tube de Dominique Perrault, Here Comes the Sun, Les Acrobates de Gras, les miroirs MbE… sont de véritables compagnons du quotidien, conçus pour durer. Car pour cet esthète qui réfute la fast fashion et la Junk food, seuls, le beau et le juste sont éternels. « Ce qui n’a pas de valeur, ne fait qu’appauvrir et n’en prendra jamais ».

Raison pour laquelle dans ses showrooms de Paris et Copenhague, les collections dialoguent entre elles, sans jamais céder aux sirènes de l’air du temps. « Les objets sont des témoins de notre passage, et je remercie ceux du passé de toujours me titiller l’œil ».

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Nous faisons des objets qui seront, je l’espère, les objets des antiquaires de demain

Frédérick Winkler nous partage sa science du luminaire et comment jouer de la lumière dans son salon.

Une lampe qui a marqué l’histoire ?

Pour moi, la lampe Gras est la lampe la plus importante du XXe siècle. Elle est la première lampe articulée de l’histoire du luminaire et la première à avoir été déclinée en gammes. Je dirais que c’est un objet dont on a besoin, qui n’est pas chargé d’ego puisqu’elle a été faite par un ingénieur.

Elle est d’ailleurs la première lampe que j’allume quand j’arrive chez moi. Je trouve que c’est une très belle dame qui a fait de la danse, avec un port de tête d’une grande élégance. Elle n’a pas d’artifice, elle ne paraît pas, elle est forever.

 

Comment savoir si l’on a choisi le bon luminaire ?

Personne n’a bon ou mauvais goût, chacun a son histoire, il suffit alors d’être honnête avec soi-même et d’éviter le « ça le fait », car cela ne tient pas longtemps. La lampe qui tombe juste, c’est celle que vous avez réellement désirée, celle qui vous rend heureux pour longtemps. Quand on achète une lampe, c’est au minimum pour 20 ans, il faut donc attendre le coup de cœur, que l’objet raconte quelque chose qui vous corresponde. Qu’il résonne à votre passé, à votre présent, mais aussi à l’image que vous avez du futur et de votre futur.

 

La place de la lumière dans un salon ?

Le salon est une pièce qui rassemble, la lumière y est donc très importante, car elle va donner le ton et l’ambiance. Malheureusement dans la décoration, la lumière est toujours traitée en dernier, or ce n’est pas le canapé ou la table basse qui vont donner le ton de la pièce, mais bien la lumière. C’est elle qui fait le liant entre vous et vos hôtes, qui rassure, qui enveloppe, qui protège, et surtout qui rassemble. Je dirais que c’est le lien entre l’œil et l’âme.

 

Comment faire pour créer une ambiance chaleureuse ?

Il faut éviter l’éclairage central qui illumine l’ensemble et plutôt multiplier les points de lumière. Je conseillerais également, comme au théâtre ou à l’opéra, d’utiliser des pots de lumière (Tobo floor). Là tout de suite, votre pièce devient plus magique et plus accueillante. Les murs ne vous heurtent pas, la lumière vous ouvre les bras.

Les appliques atmosphériques sont indispensables, car elles vont teinter l’atmosphère. Et en cas de besoin, il faut toujours avoir une source qui va donner sa toute-puissance, tout en pouvant être variée par le dimmer. Comme Mezzaluna, une lampe halogène de 1975 que nous rééditons, mais avec la technologie du led (plus puissant et moins énergivore).

Pouvoir varier la lumière est indispensable dans un séjour, car l’intensité correspond à l’énergie que l’on veut donner. La bonne lumière, c’est la sécurité, mais aussi la douceur. La lumière est de l’ordre du féminin. 

Enfin, je soulignerai l’importance des luminaires sur les tables basses ou consoles : un bel objet, qui diffuse comme un soleil levant. Une lumière qui réveille la nuit. Yasuke de Brichet Zeigler studio, par exemple.

 

Lumière et économie d’énergie ?

Depuis que nous sommes passés au LED, les lampes consomment beaucoup moins, nos factures ont d’ailleurs été divisées par 4 ou 5. Le LED permet également de régler l’intensité, mais aussi la température de couleur sur certaines lampes, afin d’opter pour une lumière chaude ou froide.

 

La lampe de demain ?

C’est celle qui est sur le bureau du Président Macron : la lampe Niwaki. Elle va mettre du temps à être comprise, il y a de l’audace, mais pas d’arrogance. Elle interpelle jusqu’à devenir inévitable. 

 

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