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Les Puces du Canal Hautement désirables

À Villeurbanne, les Puces du Canal revendiquent 30 ans d’histoires et de trouvailles. Un rendez-vous vivant où chineurs, curieux et passionnés refont le monde.

Depuis 1995, les Puces du Canal se sont imposées comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de brocante et d’objets chargés d’histoire. À Villeurbanne, ce vaste marché de 6 hectares rassemble jusqu’à 600 marchands, entre boutiques installées et déballeurs de plein air, dans une atmosphère aussi populaire qu’inspirante. Ici, on chine, on flâne, on échange, dans un joyeux pêle-mêle où chaque allée réserve son lot de surprises. Pensé comme un véritable village, le site s’organise en cinq univers, des antiquités aux objets upcyclés, en passant par le design et les créations contemporaines. Un musée à ciel ouvert, vivant et accessible, qui attire jusqu’à 10 000 visiteurs chaque semaine.
Mais les Puces, c’est aussi un lieu de vie. Bars, restaurants, guinguette et espace événementiel prolongent l’expérience, faisant du marché un point de rencontre autant qu’un terrain de découvertes. Trente ans après leur création, elles continuent de cultiver ce mélange unique d’authenticité et de modernité, fidèle à leur esprit d’origine.

Vous avez un parcours atypique pour diriger un lieu comme les Puces du Canal. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Anne-Sophie Ourion, directrice des Puces du Canal : Mon parcours est en effet assez singulier. Je suis juriste de formation, avec un double diplôme de notaire et de gestionnaire de patrimoine. J’ai toujours été animée par la notion de justice et par une certaine rigueur analytique. J’ai exercé dans ces deux domaines avant de m’orienter vers l’immobilier résidentiel, puis l’immobilier d’entreprise. Ce cheminement m’a permis d’acquérir une vision transversale des enjeux juridiques, économiques et humains, qui me sert aujourd’hui quotidiennement.

Comment êtes-vous arrivée à la tête des Puces du Canal ?
Il y a environ deux ans, à la suite d’une période de transition professionnelle, j’ai été présentée à Stéphan Blanchet, qui recherchait une direction pour piloter le site. Outre mes qualités humaines, c’est mon profil polyvalent, avec une forte dimension juridique et une appétence pour la gestion, qui a sans doute fait la différence. J’ai pris mes fonctions en janvier 2025.

“ On ne vient pas chercher
un objet standardisé,
mais une pièce singulière,
pleine de caractère ˮ

^  Boutique CMESGOUTS
v  Boutique Steve Tasinato
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“ Un objet ancien porte
une mémoire,
une empreinte de vie ˮ

Votre rôle semble particulièrement vaste…
C’est un véritable rôle de chef d’orchestre. Je porte plusieurs casquettes : juridique, comptable, organisationnelle, événementielle et suis très épaulée par mon équipe qui 7 jours sur 7 œuvre à mes côtés. Sans eux, je ne pourrais mener à bien la mission qui m’a été confiée.
Concrètement, je supervise les relations avec les marchands qui sont tous indépendants, l’organisation du marché avec le placier, la communication, les événements, mais aussi des aspects très concrets comme l’entretien du site ou la sécurité. Rien n’est cloisonné ici, et c’est ce qui rend le poste passionnant.

Comment décririez-vous l’esprit des Puces du Canal ?
C’est un lieu profondément humain. On le compare souvent à une place de village, et c’est très juste. On vient bien sûr pour chiner, mais aussi pour vivre un moment, flâner, discuter, boire un verre, déjeuner. Il y a une convivialité très rare, presque hors du temps, qui crée une véritable fidélité.

Les Puces ont une histoire forte à Lyon…
Oui, leur histoire remonte au XVe siècle, avec la création des foires en 1420 par le futur Charles VII, pour concurrencer Genève. C’est ainsi qu’à chaque saison, des marchands de l’ensemble de l’Europe sont venus pour vendre des cuirs, des épices, du cuivre, etc.  Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est leur itinérance à travers Lyon et sa proche périphérie.
Les Puces s’installent d’abord en Presqu’île, notamment place Saint-Nizier puis aux Cordeliers, avant de rejoindre la place de l’ancien port au bois, côté Fosse aux Ours. Au début du XXe siècle, elles sont déplacées à Villeurbanne, dans le quartier du Tonkin.
Dans les années 1970, un nouveau déplacement les conduit à la Feyssine. Enfin, en 1995, elles trouvent leur ancrage actuel au 5 rue Eugène Pottier à Villeurbanne, après la réalisation du périphérique nord.
Le site tel que nous le connaissons aujourd’hui est né de la volonté de trois brocanteurs passionnés : Denise Da­vid, Jean-Pierre Gaboriaux et Alain Deyagère. Vous pouvez d’ailleurs toujours croiser ce dernier aux Puces. Ensemble ils ont œuvré à préserver cet héritage en lui offrant un lieu pérenne. Cette histoire fait partie intégrante de l’ADN des Puces : un lieu vivant, en constante adaptation, mais toujours fidèle à son esprit d’origine.
Nous avons fêté les 30 ans des Puces du Canal l’année dernière, et sommes fiers aujourd’hui d’être les deuxièmes plus grandes Puces de France, après celles de Saint Ouen.

Qu’est-ce qui fait leur singularité aujourd’hui ?
La densité et la diversité. Nous comptons plus de 200 marchands permanents, répartis sur cinq différents quartiers : le hangar historique appelé Les Traboules où se trouvent les Antiquités, les galeries d’art et de design, La Halle Louis La Brocante qui doit son nom à la célèbre série télévisée, Le Village des Containers pour tout ce qui est Upcycling et objets détournés, l’ancienne École pour la brocante, les objets vintage, les créations… À cela s’ajoute le déballage extérieur avec les marchands itinérants.
Cette richesse crée une offre exceptionnelle, allant du meuble Empire au design, du linge ancien au vinyle, en passant par la vaisselle et la friperie !

Qui sont ces marchands qui font vivre le lieu ?
Ce sont des personnalités fortes, hautes en couleurs, souvent issues d’histoires familiales. Certains travaillent aux Puces depuis plusieurs générations, comme Brocante Corinne, dont le père était déjà marchand, et qui aujourd’hui partage sa passion avec son fils Alexis. D’autres viennent avec des parcours plus récents. Mais tous partagent une même passion pour l’objet et une capacité à raconter des histoires. Ce sont de vrais personnages dans un décor en perpétuelle évolution.

Justement, quelle place tient l’émotion dans ce rapport à l’objet ?
Elle est centrale. Un objet ancien porte une mémoire, une trace de vie. Il peut réveiller un souvenir d’enfance, évoquer une époque, créer un attachement immédiat. C’est quelque chose que le numérique ne peut pas reproduire. Ici, chaque pièce a une histoire, et les marchands sont là pour la transmettre.

Avez-vous une anecdote qui illustre cette dimension ?
Il y en a beaucoup. Je pense notamment à ce verre conique présenté comme un simple objet décoratif, qui s’est révélé être une « coupette de dégustation » conçue par un viticulteur pour être tenue en main. Ou encore cette « fontaine au radium » des années 1920, qui a nécessité l’intervention des pompiers. Ce sont des découvertes qui rendent chaque journée imprévisible.

Les Puces doivent aussi composer avec l’ère numérique…
Bien sûr. Des plateformes comme Leboncoin, Selency ou encore des outils comme Google Lens ont modifié le rapport au prix et à l’information. Mais notre force reste l’expérience : le contact humain, le conseil, la possibilité de voir, toucher, ressentir. Rien ne remplacera l’humain, l’anecdote partagée sur l’objet…

Pourquoi venir chiner ici plutôt qu’ailleurs ?
Parce que c’est l’endroit idéal pour construire un intérieur personnel. On ne vient pas chercher un objet standardisé, mais une pièce singulière, chargée de caractère. Un coup de cœur parfois. C’est une quête presque intime : trouver “l’objet du désir”, celui qui fera toute la différence dans un espace.

Les Puces sont aussi un lieu de vie…
Absolument. Avec sept points de restauration, une bou­langerie, une fleuriste, une épicerie, et même des espaces de loisirs, on peut s’y éterniser les jeudis, samedis et dimanches.
Avec des restaurants qui restent désormais ouverts en semaine, cette dimension de quartier vivant s’est encore renforcée.

Et l’événementiel dans tout cela ?
Il joue un rôle clé. Nous organisons des événements toute l’année : les Féeries du canal, Puces de Printemps, des partenariats comme celui du Quais du Polar… qui ponctuent les saisons. Nous accueillons aussi des tournages pour la télévision, des shootings comme récemment avec BAM. C’est vraiment un lieu qui inspire.

Quel est, selon vous, le meilleur moment pour découvrir les Puces ?
Tout dépend ce que l’on recherche ! Certains diront le jeudi matin à 7h, car c’est là que les plus belles pièces apparaissent, et qu’il y a quelque chose d’un peu magique dans cette première heure. Lorsque vous voyez les lampes torches fouiller l’arrière des voitures, plonger dans les sacs non encore déballés, c’est une chasse aux trésors unique. Mais, je vous conseillerais également de venir le samedi, qui permet d’échanger tranquillement avec les marchands, avant le grand rush du dimanche !

Est-ce difficile de résister à la tentation quand on travaille ici ?
Oui !!! Quand on aime les objets qui ont une histoire, l’œil est perpétuellement attiré par une pépite. Surtout qu’aujourd’hui il est tellement facile de se faire livrer les objets encombrants. Heureusement le manque de place à la maison demeure un frein !
J’ai la chance également de pouvoir « mandater » les vendeurs quand je recherche une pièce. Ils sont d’une efficacité redoutable, comme en témoigne le miroir ancien qu’ils m’ont trouvé en quelques semaines pour remplacer celui que j’avais laissé filer.

En un mot, comment résumeriez-vous les Puces du Canal ?
Un lieu de transmission, d’objets, d’histoires, de savoir-faire… mais aussi d’émotions. C’est ce qui en fait un endroit profondément vivant.  

 

Les Puces du Canal
5 rue Eugène Pottier, Villeurbanne
pucesducanal.com  |  @pucesducanal